Manu Da Costa : "le choix le plus honnête"

12/05/2020

Après avoir retracé les sept saisons de Manu Da Costa à la tête de l’USQ puis de QRM, nous avons sollicité le coach pour qu’il nous retrace ses souvenirs. Dix dernières questions au technicien franco-portugais en ce 12 mai, trois ans jour pour jour avec la montée en Domino’s Ligue 2.



On imagine que le téléphone n’a pas dû arrêter de sonner depuis vendredi. Pensais-tu recevoir toutes ces marques de soutien ?

Très sincèrement non ! J’ai reçu beaucoup de messages de soutien que ce soit des gens du football, les supporters, les dirigeants… A l’instant, je raccrochais avec Raymond Domenech. Vraiment très surpris et très touché. En même temps, ça me rassure un peu, cela prouve que les affinités nourries depuis sept ans étaient sincères.

Vendredi à l’annonce de ton départ, on a senti beaucoup d’émotion dans ta voix. C’est une très grande page qui se tourne. Tu as l’habitude de dire : « lorsqu’un coach est nommé à la tête d’une équipe, ses jours sont comptés »… Au final, ce n’est pas valable pour Manu Da Costa ? 

En effet, c’est une phrase que j’emploie souvent. J’ai duré sept ans à l’USQ puis à QRM, cela aurait pu continuer si j’en avais décidé autrement. C’est une longévité exceptionnelle, surtout de nos jours. Jamais je n’aurais pensé rester aussi longtemps. On ne peut pas se projeter autant dans un club, autant dans un projet. Mais la preuve qu’on peut s’inscrire dans du long terme. Suis-je une anomalie ? (rires…)Mais tout était réuni à QRM ! Dans un club, on met souvent en évidence la relation entre le Président et l’entraîneur : je peux dire que la nôtre était extraordinaire. Nous partagions les mêmes objectifs, les mêmes attentes. Cela aurait pu continuer mais j’ai pris ma décision. Et honnêtement, je pense que c’est le choix le plus honnête pour tout le monde.

Des montées, des matches de Coupe de France… As-tu un souvenir plus fort qui se dégage des autres ?

J’en ai tellement. Je pense que les gens vont retenir les belles années avec les deux montées successives. Mais la saison qui m’a marqué le plus et qu’il ne faut absolument pas dénigrer, c’est cette année. Avec mon staff, mon club, on a montré de vraies compétences. Nous avons retourné la situation avec nos valeurs. Tout le monde voulait notre mort et était persuadé de l’obtenir.  On leur a fait un beau pied de nez. Encore une fois chapeau au club, aux dirigeants, au staff, aux supporters ! 

Et tes moins bons ? Des regrets ?

Non je n’ai pas de regret particulier. Nous avons toujours tiré la quintessence des joueurs à l’image d’un Jonathan Clauss. Pas mal de joueurs ont rejoint des clubs de Ligue 2, Ligue 1 voire de Ligue des Champions comme Jordan Lefort. Ça prouve que le travail a été bien fait, très bien fait. La saison en Domino’s Ligue 2 s’est jouée à un cheveu. Si la spirale de la montée n’avait pas été brisée par notre délocalisation au Mans, peut-être qu’il y aurait encore un club de la métropole en Domino’s Ligue 2.

Justement, ton meilleur souvenir en Domino’s Ligue 2 ?

Je n’ai pas pu véritablement profiter durant cette année. Avec le BEPF ( Ndlr : Brevet d'Entraîneur Professionnel de Football), ça a été difficile de prendre du plaisir à côté. Mais bien sûr je me souviens des victoires face à Lorient, à Nancy (aller et retour), à Sochaux, au Havre (qui restait sur un an d’invincibilité à domicile). Ce sont des moments qui te marquent, il est difficile de n’en sortir qu’un seul. On n’était pas dans le même monde. Peut-être que nous l’avons trop respecté au départ. QRM était un OVNI dans ce championnat. Ça a été une année difficile, avec du pour et du contre mais je ne retiendrai que le positif.

Même si on le sait, tu n’aimes pas mettre en avant des individualités et préfère parler de collectif… N’y a-t-il pas un ou des joueurs qui t’ont véritablement marqué ?

Il y en a tellement ! Je suis un entraîneur qui attache beaucoup d’importance à l’humain. J’ai toujours eu des relations qui dépassaient le cadre coach-joueurs. Je pourrais citer la bande Guezoui-Rogie-Oliveira-Gobron-Basque… mais ça serait manquer de respect aux autres de ne parler que d’eux. J’ai créé des relations très fortes avec de nombreux joueurs. C’est tout un ensemble qu’il faut mettre en avant. De très bons footballeurs et de très belles personnes.



Tu n’as pas une anecdote sympathique à raconter avant de partir ?

En sept ans, il s’en est évidemment passé. Je me souviens d’un retour de Sedan où le chauffeur était malade et avait cassé le pare-choc du bus… Obligé de s’arrêter assez longuement sur une aire d’autoroute. Il y a également le match de la montée en National, à Wasquehal, nous y sommes allés en voiture. Pas mal d’aventures ! La causerie à Croix avait été très forte, les bêtises avec le staff, les stages…

Tu l’as souvent mise en avant, peux-tu nous parler de ta relation avec Michel Mallet… Que retiendras-tu de ces sept années de collaboration avec le Président ?

Je ne l’oublierai jamais ! On n’est jamais prophète dans son pays et les témoignages extérieurs sont toujours plus touchant que ceux de l’intérieur. Michel Mallet n’est pas jugé à sa juste valeur. Les gens ne le connaissent pas ou n’apprennent tout simplement pas à le connaître. C’est quelqu’un avec de très belles valeurs. D’ailleurs, il en a sûrement trop pour le milieu du football.


Crédit photo : Philippe Le Brech


Manu Da Costa à QRM c’était l’attaque, le beau jeu, la possession… Rassure-nous, ça continuera ?

Oui, ça fait partie de mon ADN. Je ne suis pas que fou ni bête, je peux m’adapter. Mais c’est ma façon de voir le football. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises méthodes. J’ai choisi la mienne et je reste en adéquation avec elle tout en continuant à progresser. 

Nous avons reçu pas mal de sollicitations de supporters et de bénévoles pour faire un pot… Avec le contexte actuel, c’est difficilement envisageable… As-tu un petit message à leur faire part ? 

Déjà un très grand merci à eux. Je les remercie très sincèrement pour leurs messages. Je mets parfois deux jours à y répondre. Mon seul regret est que le coronavirus m’a empêché de dire au revoir à tous ces gens dans mon jardin qui est Diochon. Ça sera avec un grand plaisir de les revoir et de partager un moment ensemble.



Nous te souhaitons tout le meilleur pour la suite… mais que peut-on concrètement te souhaiter ?

Que je reste le même, que je prenne autant de plaisir que j’ai pu en prendre ici. Que je puisse recroiser toutes les personnes avec qui j’ai noué des relations. Le football est trop aléatoire pour me souhaiter des choses plus sportives. Tout simplement, me souhaiter bon vent ! 


Et bien, bon vent Manu ! Tout comme toi tu le feras à coup sûr, nous garderons un œil sur le petit gars de Saint-Etienne-du-Rouvray !



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