J.Clauss : "Le vestiaire était exceptionnel !"

18/03/2020

Il y a deux ans, il découvrait le football professionnel avec Quevilly Rouen Métropole. Aujourd’hui, il est aux portes de la Bundesliga. Entretien avec Jonathan Clauss, le latéral droit converti ailier qui fait les beaux jours de l’Arminia Bielefeld.




Bonjour Jonathan, on s’était quitté un certain 11 mai 2018. C’était un soir de relégation mais c’était aussi un soir de victoire. Un succès 3 à 0 face à Lorient avec un dernier but inscrit par… Jonathan Clauss. Tu t’en souviens ?

Bien sûr que je m’en souviens. On jouait notre survie en Domino’s Ligue 2 et Lorient était en course pour la Ligue 1. Un beau match à enjeu qui s’est terminé par une nette victoire pour nous.

Avec un match nul chez eux pour commencer, et un succès 3 à 0 chez nous pour finir, nous avons tout donné de la première à la dernière journée de Domino’s Ligue 2. Nous avons joué avec nos armes. Il nous a manqué un brin de réussite pour se maintenir. Certes, nous sommes descendus mais je pense que cette année a été formatrice pour de nombreux joueurs et nous en avons tiré énormément de bénéfices.




Et ton but à la 87’ ? J’étais hyper content d’inscrire mon premier but en professionnel. C’était aussi toute la pression, le stress et le travail de la saison qui se libéraient.



A l’intersaison, tu as mis du temps à signer dans un autre club. Tu avais pourtant un beau CV malgré ton jeune âge. Comment l’expliques-tu ?

Mes agents de l’époque me promettaient la Serie B etc mais rien ne se faisait ! Je voyais tous les clubs reprendre et moi, je restais chez moi à faire ma préparation individuelle. Je n’étais pas vraiment bien. J’essayais par tous les moyens de trouver un club. Un jour, un contact m’a mis sur la voie d’un club en Biélorussie. Déterminé, je me suis rendu à cet essai. Cela s’est relativement bien passé. La veille de retourner là-bas pour signer, mon contact me dit : « On annule tout ! ». L’entraîneur, celui qui me voulait, quittait le club. Je revenais ainsi à zéro, j’étais au fond du gouffre. Mais quelques jours après, le même contact me dit que l’Arminia Bielefeld cherche un latéral droit car un des leurs venait de se blesser. La saison avait déjà repris, ils devaient être à leur quatrième match de championnat. Même si je ne connaissais personne, j’ai pris ma voiture et j’ai foncé. L’essai s’est bien passé et j’ai signé. Durant cette période, j’ai eu le temps de passer par tous mes états.

Sans véritable préparation physique, dans un autre pays avec une autre culture… tu t’es vite acclimaté !

Même si j’avais déjà joué trois ans en Allemagne (à Linx 2012-15, l’équivalent de la National 3 allemande) et que je suis originaire de l’Alsace, j’avais du mal à m’y remettre. Mais les joueurs étaient hyper accueillants, le coach parlait également français. Je me suis vite adapté.

Très vite même ?

En effet, j’ai signé un jeudi et le lundi j’étais sur la feuille de match à Hambourg devant 60 000 personnes. Lors de la reconnaissance du terrain, je me suis rappelé toute ma galère durant l’été. Je me suis dit c’est dingue. Seulement Dieu peut t’emmener sur cette voie. Je suis entré à la 70’ et j’ai été plutôt bon malgré mon manque de préparation physique. Le second match, je ne devais pas non plus être titulaire mais le latéral droit s’était blessé durant la semaine. Je me souviens que la veille de ce match le coach est venu me voir et m’a dit « T’es prêt ? … Car tu joues demain». On s’imposait 5 à 3 avec une passe décisive au compteur.

Tu termines cette première saison à l’Arminia Bielefeld avec une honorable 7e place. Et cette année, avant cette trêve forcée, vous êtes premiers avec six points d’avance. C’est magnifique !

L’année dernière, on fait un début de saison catastrophique qui nous plonge premier relégable à la trêve hivernale. Durant cette période, il y a un changement d’entraîneur et une nouvelle dynamique s’installe. Incroyable ! On termine meilleure équipe de la phase retour, ce qui explique notre 7e place au classement. A titre personnel, je termine l’exercice avec 2 buts et 5 ou 6 passes décisives.

Et cette saison ? Le club ne nous avait pas affiché d’ambitions particulières. Peut-être que le coach ou la direction l’avaient en tête mais en tout cas ce n’était pas dit et affiché. Nous les joueurs, on voulait poursuivre la dynamique de la saison dernière et montrer qu’on pouvait rivaliser avec les grosses écuries du championnat. Maintenant, premier à huit journées de la fin, l’ambition est évidemment affichée !

Un sacré parcours que l’on suit notamment au travers de tes réseaux sociaux. D’ailleurs, tu es souvent décisif !

Désormais je joue ailier. Je dois être à 9 passes décisives et 2 buts. En cours de saison dernière, j’ai évolué vers le poste d’ailier. J’ai rejoué latéral droit en début de saison car le joueur s’était blessé mais sinon c’est ailier. Je me sens de mieux en mieux à ce poste, je développe plus mes qualités.



Tu avais déjà eu des expériences à ce poste notamment à QRM…

Oui. Avec l’arrivée de Pierre Nguinda au mercato hivernal, le coach Manu Da Costa m’avait en effet fait jouer plus haut.

Parle-nous un peu de l’ambiance dans les stades en Allemagne. Tu as eu la chance de jouer dans des grands stades de Domino’s Ligue 2 notamment à Lens, à Nancy, à Valenciennes… mais là c’est encore au-dessus ?

C’est un autre monde ! C’est dingue ! Même lorsque tu vas jouer chez l’avant dernier, il y a 15 000 personnes au stade. Tu vas à Stuttgart c’est 63 000 ! C’est une autre culture. A domicile, le stade est souvent plein, tu as plus de 20 000 personnes derrière toi.

Et ta notoriété ?

Bah ça se développe de plus en plus (rires). Récemment on m’a envoyé une photo d’un tag dans une rue de Bielefeld où il y avait écrit « Clauss. 25 ».

Pour revenir à QRM, tu as gardé des contacts ?

Bien sûr ! Juste avant j’étais sur mon téléphone, je voyais Jordan Lefort les pieds dans l’eau pour sa récupération. Je vois qu’il respecte bien ses exercices de préparation individuelle (rires). Je joue à la PlayStation avec Romain Basque et Timothée Taufflieb. Et puis il y a encore et toujours, l’incontournable Jordan Gobron ! Et je regarde toujours les résultats de QRM.

Si tu devais ne retenir qu’un moment de la saison en Domino’s Ligue 2 ?

Quand coach Da Costa m’a fait débuter ailier contre Auxerre (16 mars 2018). Ça faisait un petit moment que je n’avais pas été titulaire. Je n’avais pas la pression mais un peu. Au final, je délivre 2 passes décisives et on s’impose 4 à 1. C’est ce qui a lancé ma deuxième partie de saison !




Bon maintenant il y a prescription. Raconte-nous une petite anecdote sur cette saison…

Malgré notre mauvais classement, le vestiaire était exceptionnel. Surtout après l’entraînement. J’adorais rester après les séances car il y avait une bonne ambiance.

On s’en souvient… Notamment de tes pas de dance avec le showman Jordan Gobron et le boute-en-train Dorian Caddy.

Effectivement ! Je les ai d’ailleurs gardés. Certes à mon arrivée à l’Arminia Bielefeld j’étais plutôt discret mais désormais c’est moi qui mets la musique. Je tiens à préciser que je ne suis pas tout seul (rires).

« Je bois le même nombre de gorgées d’eau avant les matches, par trois, je porte le même caleçon, je fais les mêmes étirements… A la maison, il faut que tout soit rangé avant de me coucher. Je ne supporte pas le bordel. » C’est toujours d’actualité ?

Je vois que tu as ressorti notre interview (rires)… Encore et toujours !

Même si le football doit céder sa place dans ce moment de crise, on imagine que tu es impatient de retrouver les terrains. Terminer cette saison avec la Bundesliga en ligne de mire. D’ailleurs as-tu pensé à une « saison blanche » ?

Je n’y pensais absolument pas au début mais en lisant des choses à droite et gauche, je me suis posé des questions. Ça serait très embêtant vu la saison que nous réalisons. Nous sommes tous dans l’attente. Je ne suis pas rentré en France, je reste à Bielefeld et je suis le programme que nous a envoyé notre préparateur physique. Aux dernières informations, il est prévu que nous retrouvions la compétition début avril.

Danke schön Jonathan ! Nous continuerons à te suivre, et, nous te souhaitons tout le meilleur pour cette fin de saison avec l’Arminia Bielefeld !


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